« Choc de solidarité » : l’occasion de mieux connaître l’Eglise

6 décembre 2012

L’entretien que la ministre du logement a récemment accordé au journal Le Parisien a déclenché un polémique intéressante à plus d’un titre. Le 3 décembre, évoquant la possibilité d’une mise à disposition, par l’Eglise, de locaux vacants, Cécile Duflot affirmait avoir «  bon espoir qu’il n’y ait pas besoin de faire preuve d’autorité »…. « Je ne comprendrais pas que l’Eglise ne partage pas nos objectifs de solidarité», ajoutait la ministre dans cet entretien. Elle compte en effet appliquer aux bâtiments vides appartenant à des personnes morales le fameux dispositif de réquisition. Un dispositif rarement mis en œuvre jusqu’ici par les gouvernements successifs.

Au-delà des réponses parfois indignées rappelant que l’Eglise de France porte une tradition séculaire d’accueil des plus pauvres, la polémique nous montre surtout la gravité de la situation. Qu’un ministre en exercice écrive à l’archevêché de Paris pour lui demander de mettre des bâtiments à disposition des sans-abris tient du jamais-vu. C’est dire si la situation est dramatique. On pense, bien sûr, à l’hiver 1954 et à l’appel de l’abbé Pierre. Depuis cette époque, les chrétiens n’ont pas ménagé leurs efforts pour faire face à la saturation des centres d’hébergement. Le Secours Catholique, parmi d’autres, avance dans le même sens que la Croix Rouge par exemple. C’est ce qu’ont répondu le diocèse de Paris et la Conférence des religieux et religieuses de France à la ministre du logement. On peut, bien-sûr, noter le décalage qui peut exister entre cette tradition d’entraide et son faible écho dans les médias. Les difficultés que connaissent les Restos du Cœur mobilisent régulièrement les rédactions. Comme d’autres organisations, ils font face à la réalité de la diminution des dons et à l’accroissement des besoins. Faut-il pour autant ne pas voir les efforts quotidiens des familles chrétiennes, des associations catholiques et des diocèses et les résultats obtenus en matière d’aide aux démunis ? Cette aide ne se limite pas à l’hébergement. Elle couvre tous les domaines, de l’enseignement à la recherche d’emploi.

Il y a pourtant un point positif : la polémique a fait entendre des voix de tous bord, ce qui indique que les actions de l’Eglise sont connues à défaut d’être annoncées régulièrement. A ces situations et à ces initiatives d’urgence, le Collège des Bernardins ajoute une réflexion lucide sur l’évolution de la société française. Sur le front de l’urgence, cette réflexion joue un rôle tout aussi précieux que l’ouverture des centres d’accueil et des paroisses. Votre soutien à la Fondation des Bernardins est complémentaire de celui que vous apportez aux associations et du temps que vous consacrez, régulièrement ou occasionnellement, au service des autres. Le « choc de solidarité » souhaité par le gouvernement a déjà lieu; il mérite d’être mieux connu pour s’amplifier.

Photo : Eric Pouhier