Les Bernardins, l’Eglise et les médias

28 avril 2011

Antoine Guggenheim, directeur du Pôle de recherche des Bernardins, vient d’exprimer dans les colonnes de Libération les contours de la nouvelle présence de l’Eglise au sein de la société. Il démontre sans détours comment le Collège des Bernardins s’affirme aux avant-postes d’une visibilité renouvelée de l’Eglise. En  soutenant le Collège, vous accompagnez, loin des idées reçues, l’accueil favorable qui lui est réservé en tant qu’institution de recherche, de culture, de dialogue et d’enseignement.

Le succès de la dynamique engagée par le Collège des Bernardins n’était pas acquis. Il tient à la manière dont cette jeune institution a assumé sans aucune crainte le dialogue entre croyants et non croyants. Encore fallait-il pleinement considérer les nouveaux contours de la sociologie du christianisme : à la visibilité écrasante de l’Eglise au XIXe siècle, longtemps caractérisée, de villages en villages, par la structure paroissiale, succède aujourd’hui une nouvelle perception de la foi. Celle-ci se fonde sur une recherche évidente de spiritualité et sur les réflexions spontanées de ceux qui, croyants ou non, ont compris que l’Eglise, institution à la fois historique et universelle, peut apporter des réponses aux grands enjeux de notre temps.

Ainsi, selon le père Guggenheim, ce n’est pas seulement l’affirmation de l’Islam européen qui est à l’origine d’une nouvelle demande de Dieu dans la société. Contre toute attente, ce réveil trouve ses origines dans mai 1968, à travers la proclamation du retour de l’esprit, l’individualisation de la vie intellectuelle et « la fin du marxisme monolithique ».

Cependant, le retour à « une situation de foi massive » est peu probable. L’individualisation présidant au désenchantement du monde tel que Marcel Gauchet (président de la Chaire de recherche des Bernardins 2010-2011) est à ce titre évocateur.

L’ouverture du collège des Bernardins répondait-elle alors à autre chose qu’une volonté de visibilité des catholiques? A l’évidence, l’Eglise n’est plus dans une époque de « fermeture idéologique ». Devenus minoritaires, les catholiques ont même acquis une nouvelle liberté de parole. Les intervenants non croyants des Bernardins ont envie d’y débattre. Nombreux sont ceux qui s’intéressent aux liens, récents ou plus anciens, entre les courants humanistes et la tradition chrétienne : « Si les catholiques sont capables de parler un langage, pas seulement de témoignage, mais d’humanisme et de raison, ils peuvent être entendus sur des questions graves comme le sort de la planète, l’Europe et le monde ».

Il s’agit bien, au final, de redonner toute sa place à la notion d’Espérance. Le mérite des médias est de savoir, ici et là, renouveler leur regard sur l’évolution de l’Eglise et de répondre à l’invitation au dialogue qui leur est faite par les Bernardins.

Libération, 25 avril 2011.