Andrea Riccardi : « Se rappeler la mission européenne du christianisme ».

19 novembre 2012

Les 16 et 17 novembre, le colloque annuel de l’Académie catholique de France était consacré à la crise chrétienne de l’Europe. Réunis dans le grand auditorium, le cardinal Paul Poupard, Hubert Haenel, membre du Conseil Constitutionnel, Jean-François Mattei, Président de la Croix Rouge Française ou encore Pavel Fisher, ancien ambassadeur de la République Tchèque à Paris, se sont penchés sur trois grandes thématiques : La mémoire chrétienne de l’Europe, l’Europe et ses frontières, les messages des chrétiens face aux défis européens. Andrea Riccardi, dans un rapport introductif,  a préalablement traité de l’aspect géographique de la crise du christianisme en Europe.

L’expérience de l’abandon

Andrea Riccardi a rappelé la tentation, durant les dernières décennies, de laisser reposer l’avenir du christianisme sur le tiers-monde et les pays en développement. Houphouet Boigny n’a-t-il pas considéré que la basilique de Yamoussoukro est « une nouvelle basilique de Rome face au désert spirituel européen » ? Pour Andrea Riccardi, « il ne pourrait y avoir de christianisme du Tiers-Monde si le christianisme perd l’Europe ».  Cette intuition, qui fut celle de Jean-Paul II, a trouvé un écho particulier lors du récent synode consacré à l’évangélisation. Benoît XVI a également remis en perspective la vision de Paul VI selon laquelle le christianisme ne peut s’affranchir de la mission. Certes, dans la plupart des pays d’Europe, l’Eglise fait l’expérience de l’abandon. Elle y a perdu sa « consistance sociale et territoriale » tandis que l’ouverture conciliaire au monde a nourri un débat long et difficile entre conservateurs et progressistes.

L’Eglise, minorité créative ?

L’Europe est-elle pour autant condamné à devenir un désert du christianisme ? Il est curieux d’observer que l’Europe a elle-même délaissé une Eglise qui s’est pourtant ouverte avec Vatican II. En Italie, les catholiques sont devenus une « importante minorité » qui apprend à vivre avec les orthodoxes et les musulmans. Plutôt qu’une expression prosélyte, l’Eglise peut choisir de « communiquer dans la foi ». Selon l’historien anglais Toynbee, les « minorités créatives » détiennent les clefs de l’avenir. Mais la minorité peut aussi choisir le repli communautaire. C’est pourquoi Benoît XVI a clairement posé l’enjeu d’une lecture constructive et renouvelée de Vatican II. Patrie de la culture chrétienne, l’Europe dispose de tous les atouts pour assurer le renouveau de la pensée chrétienne dans la globalisation.

Andrea Riccardi, ministre italien de la coopération internationale et de l’intégration, membre de l’Académie catholique de France, est également le directeur de la chaire des Bernardins pour deux ans.