Une grande scène musicale

24 avril 2012

Concurrencer les grandes salles de musique n’est pas la vocation du Collège des Bernardins. Doit-il se contenter d’un pis-aller au travers d’une programmation pertinente mais « un cran » en dessous des grandes institutions parisiennes ? Non plus. Dès son inauguration en 2008, les équipes chargées de la musique ont su faire œuvre utile. Comment ? Tout simplement en accompagnant la réflexion des interprètes et en leur donnant la parole au cours de tables rondes,  en mettant la grande nef à leur disposition – un lieu aussi inspiré qu’inattendu en plein Paris – et, surtout, en laissant filer des échanges simples et authentiques entre les musiciens et un public curieux.

Des ensembles de haut niveau tels que la Fenice ou le Collegium Vocale Gent se sont très vite laissé séduire. Des grandes voix du baroque aux créations les plus actuelles, le Collège des Bernardins a composé de belles affiches. Il accompagne également de jeunes talents remarqués sur la scène internationale : avec Romain Leleu, la trompette a récemment déployé ses plus beaux timbres dans la grande nef. A l’automne, le festival des Heures du Collège des Bernardins propose un rendez-vous désormais établi, sur le tempo de la journée monastique.

Etabli, mais pas institutionnel ! L’originalité du Collège repose sur sa capacité à réunir les plus belles partitions et de grands musiciens dans une ambiance informelle – et assidue – et à dresser autour d’eux de belles perspectives intellectuelles : tables rondes, thématiques en lien avec les travaux du pôle de recherche… Il serait vain de chercher à donner un sens à une musique. Au Collège des Bernardins, elle accompagne ou révèle les interrogations de notre temps, elle sonde les questions de l’éphémère et de la pérennité, de l’éducation et de l’inné. En janvier dernier, le pianiste et compositeur Michaël Levinas a mis en évidence, sous l’effet de l’informatique et de ses sonorités nouvelles, la nécessité d’imaginer de nouvelles formes d’écriture de la musique.  Au cours de son concert « Claviers en miroirs », il a montré à quel point la notation qui convenait au récital du XIXe a besoin d’évoluer pour mieux servir la création d’aujourd’hui.

Toutes ces expériences ne sauraient vivre ailleurs, les salles institutionnelles ayant à cœur de ne pas sortir du meilleur de l’académisme. On leur reprocherait, à juste titre. Il fallait donc un lieu différent, inscrit dans une longue tradition intellectuelle et capable d’explorer les horizons les plus larges. Ce savoir-faire du Collège des Bernardins en matière musicale est aujourd’hui connu et reconnu, y compris par les critiques et les titres de presse les plus éloignés des cercles de la pensée chrétienne. (photo : Le Collegium Vocale Gent par Michiel Hendryckx)